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Vieux 12/05/2009
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Bonjour Hugo,

Merci ton témoignage qui est très touchant et aussi très symptomatique de la situation des TDAH. Je suis aussi pour ma part TDAH. Il serait intéressant de nous mettre en contact avec des médecins effectivement intéresser à discuter de nos cas "autodicactes". Ici serait un bon endroit.

ici mon témoignage simplifié paru sur chanvre-info : http://www.chanvre-info.ch/info/fr/H...vite-TDAH.html

ici celui qui est paru dans le livre de Michka : Cannabis Medical : Du chanvre Indien au THC de synthèse (2009 - MamaEdition) :

J’ai eu mes premiers contacts avec le cannabis au Québec, à l’âge de 21 ans, alors que j’étais étudiant dans une école d’ingénieur à Montréal. À cette époque, et depuis le début de mes études universitaires, je consommais déjà beaucoup d’alcool, pour des raisons que je ne m’expliquais pas. Le cannabis a eu sur moi, dès mes premières expériences (en société, avec mes amis), un effet à la fois calmant et relaxant, très positif sur mon état d’esprit. Je me souviens très bien d’une occasion, entre deux cours, où je me suis senti si bien que je me suis dit : « Je vais fumer toute ma vie pour toujours me sentir comme ça ». D’ordinaire dysphorique (angoissé et mal dans ma peau), négatif à l’extrême, voyant la vie en noir (jusqu’à avoir des idées suicidaires incontrôlables), je me sentais enfin léger, avec une profonde sensation de bien-être.
Dès cette année 1994, je me suis donc mis à consommer régulièrement, toujours en quantité raisonnable, et souvent en fonction de la qualité variable disponible sur un marché illégal, incertain et parfois dangereux. Ma consommation, espacée dans la journée, commençait toujours le matin au réveil, avec mon café, comme un rituel pour démarrer la journée du bon pied, en étant positif, créatif et détendu. Ma consommation s’est installée naturellement dans ma vie quotidienne, d’étudiant au début, d’homme marié et cadre dans l’industrie par la suite, puis de père divorcé, en 2004. Réduisant mon stress et mon anxiété, ma consommation de cannabis ne m’a jamais empêché de poursuivre une vie saine et normale, bien au contraire. Elle ne m’a pas empêché d’étudier, puisqu’en 2000, je décrochai un Master avec les félicitations du jury.
Avec l’alcool, mon expérience m’a amené au constat opposé. Il m’a fallu dix-sept ans de consommation, avec des périodes d’alcoolisme chronique, pour réaliser le danger que représentait pour moi ce produit, pourtant légal et si bien ancré dans notre culture occidentale. Les nombreuses crises de violence sous alcool fort, qui ont débuté dès ma première année de consommation d’alcool, m’ont conduit deux fois à l’hôpital. J’y ai séjourné d’abord suite à une crise qui m’a occasionné des coupures graves à la main. La seconde fois — suite à un concours de circonstances malheureuses — a été particulièrement désastreuse.
Cet épisode a commencé un 31 décembre. C’était la fin de l’année de mon divorce, où je venais de perdre tout ce que j’avais construit jusque-là. Cette journée, jusqu’à l’aube du 1er janvier, avait été marquée par un sérieux abus d’alcool. Je commence à perdre le contrôle lorsque je rentre vers quatre heures du matin dans mon appartement vide, sans mes enfants ni mon ex-femme. La frustration est trop forte et l’alcool fait tomber les derniers remparts de ma conscience. S’en suit une déferlante de destruction, sorte d’état semi-conscient « psychopathique » où la violence interne et la frustration sont telles que je ne me contrôle plus. Je me calme peu de temps avant l’arrivée de la police, appelée pour tapage nocturne. Détail crucial, comme j’allais le comprendre des années plus tard : depuis la fin de l’après midi, enivré par l’alcool, je n’ai pas consommé de cannabis ; et la police arrive avant que j’en prenne.
Je suis menotté et mis en cellule. Mon impulsivité intérieure, prisonnière, essaye, par esprit de survie, de sortir de cet endroit clos. Des heures plus tard, les autorités constatant que mon état de folie s’aggrave, et mes mutilations aux mains également, on m’injecte 20 mg de Valium® (benzodiazépine), un sédatif classique qui a habituellement pour effet de calmer. Or, il a sur moi l’effet inverse (c’est ce que l’on nomme une réaction « paradoxale ») : je redouble de violence et ne contrôle plus rien. Des années plus tard, je découvrirai l’explication de cette réaction paradoxale aux benzodiazépines — qui, en attendant, a pour résultat mon internement d’office en hôpital psychiatrique, par ordre du préfet.
À la présentation de ma chambre, je perds à nouveau le contrôle et on me place dans une cellule d’isolement, avec une seconde piqûre (de Valium®, probablement). Deux jours de trépas s’écoulent, seul, sans manger, et sous médication forcée.
Premier jour : Aotal® (sevrage alcoolique), Imovane® (somnifère), Loxapac® (dibenzodiazépine), Valium® (benzodiazépine).
Deuxième jour : Aotal®, Imovane®, Loxapac®, Valium®
Troisième jour : Aotal®, Loxapac®, Parkinane®, Valium®
Quatrième jour : Parkinane®, Valium®
Je sors d’isolement au bout de deux jours, vidé et très affaibli. Au réveil du troisième jour, mon cerveau est au bout du rouleau : dans un état semi-éveillé, je vis une expérience que mon psychiatre identifiera comme une expérience de mort imminente, ou NDE (grande lumière blanche, etc.). Trois jours plus tard, je sors de l’hopital, mon hospitalisation d’office étant levée. Je suis un zombie et je n’arrive même plus à écrire. Mais je suis vivant. Pour la seconde fois de ma vie, je suis né.
Ce n’est qu’après une longue quête que j’ai finalement pu faire la lumière sur cet évènement, le plus grave de toute mon existence, ainsi que sur tout le reste : mon tempérament impulsif, ma consommation de cannabis, mon rapport dangereux avec l’alcool et mon hyper-anxiété doublée d’onychophagie aigue (manie de se ronger les ongles jusqu’à la mutilation) et de colopathie fonctionnelle (maux intestinaux, diarrhées).
Ma quête commence lorsque mon ex-épouse, qui a travaillé dans le domaine psychiatrique, me convainc de consulter un psychiatre. En 2002, je fais ce pas si difficile, et ce premier psychiatre m’oriente vers un psychanalyste addictologue. L’exercice personnel de l’analyse, par sa dimension intellectuelle, me plaît, et je décide de me lancer dans ce travail de recherche et d’analyse sur moi-même qui va durer quatre ans. Pendant ces quatre années, je traverse le divorce, et plusieurs coups durs (dont l’internement d’office).
Malgré les difficultés, l’exercice se poursuit, et le sac de mes souvenirs se vide, semaine après semaine, me faisant prendre conscience des symptômes récurrents que j’ai connus très jeune : l’hyper-impulsivité, l’état anxieux aigü, la dysphorie et la peur de tout. Au bout de quatre années, je constate une amélioration globale de ma santé, mais restent deux mystères : mon onychophagie et cette consommation de cannabis dont je ne comprends toujours pas l’origine. C’est alors que mon psychanalyste me conseille de voir un autre psychiatre (le septième !), spécialisé en traitement comportemental, et de lui parler de mon onychophagie.
Cette rencontre marque un virage, et va me conduire à la découverte si longtemps recherchée. Après quelques séances, le psychiatre soupçonne un cas de Trouble Déficitaire de l’Attention, ou TDA (Attention Deficit Disorder, ou ADD, en anglais). Dans sa forme la plus connue, le TDA est souvent associé à l’hyperactivité chez les enfants. Il a récemment été décrit comme un trouble autistique (Autistic Spectrum Disorder, ou ASD, en anglais) à cause des nombreux points communs existants entre ces deux désordres psychiatriques. On me fait passer plusieurs tests de comportement (norme psychiatrique américaine DSM-IV). Le diagnostic est confirmé par un pédopsychiatre et un médecin hollandais.
La clé de voûte est ainsi découverte : je suis atteint de TDA, avec tous les troubles du comportement qui y sont associés (hyper-impulsivité, hyper-anxiété, tendance alcoolique, tendance suicidaire, dysphorie, état dépressif). Ce trouble, qui trouve ses racines dans le système nerveux central, touche entre 3 et 5 % de la population occidental. Bien connu au Canada et aux États-Unis, il reste mal identifié en France, où il touche de 180 000 à 300 000 personnes. Il est admis qu’il a pour origine une prédisposition génétique (antécédents familiaux), mais que les facteurs environnementaux (éducation, nutrition) sont primordiaux.
Ce diagnostic, confirmé en mars 2008, tombe comme une révélation pour moi qui essaye de comprendre tout cela depuis trente ans. Il explique à la fois mon comportement excessif et la réaction paradoxale aux benzodiazépines (Valium®) qui a causé mon internement d’office. Au lieu d’être calmés par les sédatifs, les hyperactifs sont au contraire aggravés. Ma surprise est à son comble quand je découvre qu’en Hollande, au Canada et dans près de la moitié des états américains, le cannabis peut être prescrit légalement aux patients atteints de TDA.
La boucle est donc bouclée : je suis atteint d’une pathologie génétique qui a son origine — de nombreux articles scientifiques le démontrent — dans une déficience du système endo-cannabinoïque. Ce système, qui trouve ses sources dans la période la plus reculée de notre histoire biologique, pilote la majorité de nos fonctions vitales : manger, dormir, apprendre, se reproduire, avoir peur, se battre, etc. Le système endo-cannabinoïque est impliqué dans les émotions et dans les réactions avec le monde extérieur. Les autistes, par exemple, présentent des déficits touchant notamment ce système, vital pour la bonne gestion des peurs. Les cannabinoïdes contenus dans le cannabis, fumé ou absorbé par voix orale (sous forme de gélules), sont un remède efficace, qui me convient parfaitement. De plus, il n’existe, à ce jour, aucun médicament pour traiter les TDA en dehors des dérivés d’amphétamine (Ritaline®, Concerta®) qui sont clairement contre-indiqués pour les personnes anxieuses et nerveuses.

Dernière modification par Alex J. ; 15/05/2009 à 21h44.
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